25.9.06
Kiss et K7

©Sonia Boyce - Kiss - 1995.
Je ne fais que passer Arcade Fire, Deus en onction permanente, Cat Power en feulements. J'aime follement mon abri. J'ai remonté des entrailles de la cave mes K7 fossiles pour la fraîcheur des murs et les photos prises de moi à l'époque où je ne savais rien. Mon blouson framboise écrasée, mais joyeuse comme la veuve qui aime les baisers. Des types impotents me bombardent des petites grossièretés du néant. Je ne pense qu'à toi. Je ne pense qu' à toi non plus. Et toi aussi petit. Je pense aux baisers, oh oui, aux baisers.
23.9.06
Bonne Année 5567 !
20.9.06
La noyée

Sir John Everett Millais
Ophelia - 1851.
(...) La table voisine est occupée par une noyée, une jeune fille, une belle fille, non encore disséquée, nue, débarrassée du sable qui veloutant sa peau faisait d'elle une grande rose des sables, une fleur désertique. Des mondes infinis pullulent dans ses entrailles. Ses hontes, ses fautes, ses chagrins n'existent simplement plus. Mais elle, la voici, échouée sur la faïence comme sur une roche plate, la voici, les muqueuses dilatées par l'eau, vidée de tout son sang peu à peu exsudé à travers le derme que les courants ont râpé et mis à nu, la voici veuve de ses ongles, nixe des boues fluviales, algue blanche chargée d'adipocire, de cette mortuaire stéarine, la voici sortie des ondes, rendue à la lumière, abandonnée, la voici... (...)
Gabrielle Wittkop
Extrait de "Chaque jour est un arbre qui tombe"
19.9.06
Bail à céder

Lothar Baumgarten
Culture-Nature - 1971.
Dans ce rêve, mon temps, mon espace vaquants. Et que m'envahissent des meutes un peu saoûles, jalouses et désinvoltes que je chasse au matin d'un revers de la main. J'ai autre chose à faire que de les recevoir, elles protestent puis s'enfuient sans demander leurs restes. Je m'exalte un peu de me sentir si bien dans ce vide si clair, il me manque peut-être quelques meubles choisis qu'on dirait de famille. J'arpente toutes les pièces, j'y cherche mes chaussures mais les retrouve toujours bien rangées comme avant et puis j'en ai si peu et puis j'en ai des neuves. Comme cela est heureux. J'embrasse le parquet d'échardes, doucement je gratte entre ses lames les miettes sèches des derniers occupants.
15.9.06
Pour Natasha
Le geôlier
Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang
Je vais délivrer celle que j'aime
S'il en est encore temps
Et que j'ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l'avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu'elle soit libre
Et même de m'oublier
Et même de s'en aller
Et même de revenir
Et encore de m'aimer
Ou d'en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu'à la fin de mes jours
La douceur de ses seins modelés par l'amour
Jacques Prévert
Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang
Je vais délivrer celle que j'aime
S'il en est encore temps
Et que j'ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l'avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu'elle soit libre
Et même de m'oublier
Et même de s'en aller
Et même de revenir
Et encore de m'aimer
Ou d'en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu'à la fin de mes jours
La douceur de ses seins modelés par l'amour
Jacques Prévert
10.9.06
39 luftbalons !
9.9.06

Paula Modersohn-Becker
Jeune fille tenant des fleurs jaunes dans un verre bleu.
1902
Après ce voyage comme une autre vie, arraché au terreau de devenir, un bulbe de je ne sais quelle fleur, de je ne sais quelle couleur, comme je regrette de ne pas t'avoir aimé plus encore.
Te dire le lac immense qui s'étend en moi quand je pense à l'azur, au gisant dans le souffle de nos rêves, au sourire à la porte, au nourrissage de notre amour.
Book and boots

Berlin - août 2006.
Cette nuit j’ai rêvé d’une fille que je lis de temps en temps bien qu'elle m’agace terriblement. Elle se tenait derrière moi et m’embrassait par surprise dans le cou. Ce n’était pas désagréable et je me suis levée avec l’envie de porter des jupes et de toucher mes belles bottes berlinoises. Je lis un pavé, il pèse sur mon ventre quand je le prends le soir, c'est « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza. Les deux premières parties surtout sont vraiment remarquables. J’aime sa sensualité, son indépendance, sa force rebelle dans la traversée du siècle. Il y a deux passages de « L’art de la joie » que j’aime beaucoup. Pour vous en donner l'envie Modesta apprend à jouir de son amant, Modesta décrit son accouchement. Comment a-t'elle pu être si juste là où l’expérience est indicible ?
7.9.06

Làzlo Moholy-Nagy
Champs hongrois
1920-1922
Les heures importantes sont les heures immobiles. Ces fractions du temps arrêtées, minutes quasi mortes sont ce que tu as de plus vrai, ce que tu es de plus vrai, ne les possédant pas, n'étant pas par elles possédé, sans attributs, et que tu pourrais "rendre", étendue horizontale par-dessus des puits sans fond.
Francis Ponge
Poteaux d'angle - 1981.
5.9.06
Pas coton
Tu me demandes, une fois dans le noir, après avoir feuilleté l’album photos de ta naissance, s’il est possible que ton père et moi nous nous retrouvions un jour. S’il n’y a vraiment aucun espoir. Tu pleures. Tu dis que ce serait plus simple pour nous voir.
Tu dis aussi : tu es moins cool avec moi depuis que tu vis seule, tu es plus sévère. Je réponds : je n’aime pas le ton que tu emploies parfois avec moi, tes « me ne frego » me hérissent.
Je t’embrasse. Je ferme ta porte en te souhaitant bonne nuit et je me retrouve à fumer sur mon canapé gris.
Je me demande si l’impression que j’ai, d’être hébétée, va durer longtemps où s’il se passera quelque chose, comme un arrimage à un ponton sur lequel mon énergie sauterait dans un bond en laissant sur le bois chaud la trace de mes pas fumants, comme dans une belle pub Gini.
Je pense n’importe quoi.
Je ne devrais pas craindre ma nouvelle solitude, ni ce face-à-face avec toi.
Je veux bien dire que je suis responsable de ta douleur.
Tu dis aussi : tu es moins cool avec moi depuis que tu vis seule, tu es plus sévère. Je réponds : je n’aime pas le ton que tu emploies parfois avec moi, tes « me ne frego » me hérissent.
Je t’embrasse. Je ferme ta porte en te souhaitant bonne nuit et je me retrouve à fumer sur mon canapé gris.
Je me demande si l’impression que j’ai, d’être hébétée, va durer longtemps où s’il se passera quelque chose, comme un arrimage à un ponton sur lequel mon énergie sauterait dans un bond en laissant sur le bois chaud la trace de mes pas fumants, comme dans une belle pub Gini.
Je pense n’importe quoi.
Je ne devrais pas craindre ma nouvelle solitude, ni ce face-à-face avec toi.
Je veux bien dire que je suis responsable de ta douleur.
4.9.06
Rentrée

Xenia Hausner - Coco, 2002
Tu es revenu, doré comme un pain d'épices et les yeux étincelants, radieux. Ton sourire éclate et me mord le coeur,
ta rousseur, ta pâte d'abricot, ton pépiement d'oiseau, tous les bruits que tu fais.
Mère, depuis des semaines j'étais à être femme et dans la seule idée du voyage.
1.9.06

Wilhelm Leibl - 1875/77
Fillette avec un foulard blanc.
La maline
Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais une plat de ne sais plus quel met
Belge, et je m'épatais dans mon immense chaise.
En mangeant, j'écoutais l'horloge - heureux et coi.
La cuisine s'ouvrit avec une bouffée,
- Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée
Et, tout en promenant son petit doigt tremblant
Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,
Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m'aiser;
- Puis, comme ça, - bien sûr, pour avoir un baiser, -
Tout bas : "Sens donc, j'ai pris une froid sur la joue..."
Arthur Rimbaud
Charleroi, octobre 1870.


