29.8.06
Une maitresse

Kiyoshi Hasegawa - Le vent - 1915.
Semé l’amour, donc la haine, dans votre champ stérile. Plantée l’ivraie dans votre quartier trop calme. J’ai mis le feu à l’eau tiède, au foyer. La vapeur a décollé la crasse aveuglant les carreaux. La baronne enrage et me vomit dans des lettres boueuses et longues comme des fleuves. Voyons plus clair dans nos béances, viens que je te soigne comme tu me soignes si bien, approche-toi de la fenêtre que je te trouve beau dans cette nouvelle lumière, malgré la crudité du propos et dans la lutte sourde que je livre afin que tu me cèdes un peu de l’ombre sur laquelle toujours tu passes sans vouloir l’inclure.
27.8.06
I'm back
9.8.06
Play again, shoot again
Je suis triste de ne pas fêter aujourd’hui l’anniversaire des 9 années de notre mariage aujourd’hui défait.
Je suis triste de ne plus pouvoir en être fière.
Je suis triste d’être retournée à la première case du jeu de l’oie.
Je suis triste de ne plus pouvoir en être fière.
Je suis triste d’être retournée à la première case du jeu de l’oie.
8.8.06
Paris et cathédrales
Paris gris, Paris vidé, reste l’écume sale des fous et des déshérités, restent ceux nageant à contre-courant et atteindre la boulangerie au bout de l’avenue morte. Je ne sais même pas si l’été n’est pas fini et si je pourrais encore porter ma robe décolletée aux épaules de sirène. Au bout du mois, ce temps doux avec toi, rythmé par les coups de scalpel téléphonique de ta vie officielle, matérielle, personnelle, mais surtout ce voyage dans ton bolide fendant l’air suisse, autrichien, tchèque, hongrois pourquoi pas. Et nous préférons cette route au quotidien exigu du ménage, horripilé par la boursouflure des habitudes passées tissées serrées avec conjoint. C’est difficile et pourtant simple comme de s’entendre de peau, de se réveiller de la nuit des corps. A désarpenter nos vies, à nous inclure dans nos lendemains. Sans compter les silences où nous prions sans aveu, au cœur visité des cathédrales, étreints par le sacré d’une pression de nos mains.
7.8.06
Amazone
Une indépendance chèrement acquise que je n'oublierai pas dans le sourire, dans une inclination douce madone m'entraînant trop souvent sur la pente douteuse du maternage et de la résignation sacrificielle. Tendance maldonne.
Avec mon sein droit coupé et mon carquois garni de flèches, avec mon poing à frapper sur la table et tous les mots que je connais je suis une guerrière très forte quand je me souviens de moi et aussi par amour. C'est pourquoi tu ne me fais pas peur avec tes cris et tes menaces, je ne te vole rien, l'or que tu réclames est faux comme ton coeur : tu m'as abandonné un trésor sans même le savoir.
Avec mon sein droit coupé et mon carquois garni de flèches, avec mon poing à frapper sur la table et tous les mots que je connais je suis une guerrière très forte quand je me souviens de moi et aussi par amour. C'est pourquoi tu ne me fais pas peur avec tes cris et tes menaces, je ne te vole rien, l'or que tu réclames est faux comme ton coeur : tu m'as abandonné un trésor sans même le savoir.
6.8.06
En hommage
(...) "Respect pour les hommes, respect pour leurs âmes invisibles, ou si rarement, si pathétiquement devinées ; respect pour leurs tristes corps qu'eux-mêmes ne respectent pas, se contentant de les chérir, de les torturer, ou de les nier. Respect pour les choses dont les hommes abusent avec plus d'inconscience encore, et qu'ils traitent plus mal qu'ils ne le font de leur propre coeur. Respect pour le silence, plein de pressentiments des voix futures ; respect pour le passé, qui est présent, comme dans l'écrin, la marque laissée par la bague disparue, et respect pour l'instant présent, qui ira bientôt s'ajouter au passé, attiré par l'aimantation du Temps. Respect pour les anges qui sont nos gardiens et sont peut-être nos âmes ; respect pour nos démons aussi, qui ne sont que l'ombre portée par nos anges. Respect pour Dieu, même s'il n'est pas, parce que ne pas être n'est après tout qu'une manière un peu plus noble et plus pure d'exister, et parce que nous le possédons du moins sous forme de désir et d'attente. Respect pour l'amour, que les hommes et les femmes ne respectent plus, parce qu'ils ont peur qu'on les oblige à en être dignes. Respect pour la mort qui est le fuit de notre vie, et presque son enfant. Rilke a respecté toutes ces choses, et son existence s'est passée à les vénérer en posant sur elles des mains de plus en plus tremblantes, mais qui ne tremblent, comme celles d'un amant, qu'à force de hardiesse." (...)
Marguerite Yourcenar
Extrait d'un texte écrit en hommage à Reiner Maria Rilke
1936
Marguerite Yourcenar
Extrait d'un texte écrit en hommage à Reiner Maria Rilke
1936

Gustave Moreau
Fleur Mystique
1890
Ah que tombe au toucher d'un ange
un rayon dans cette mer sur une lune,
et mon coeur au-dedans, corail qui lutte en silence,
habite ses toutes jeunes branches.
La détresse qui m'ajoute l'être qui oeuvre
sans se laisser reconnaître, me demeure incertaine,
le courant hésite, le courant s'en va au delà,
les profondeurs opèrent, et les obstacles.
De l'antique insensibilité de pierre
naissent des créatures soudain élues,
et sur l'éternel silence de tous les êtres
fond le vacarme d'un destin.
Reiner Maria Rilke
Poèmes à la nuit - 1916.
3.8.06
De l'inquiétude
Convaincue, à force d’adoration, du délice de me laisser aimer. Mais parfois revient la bête qui me ronge : je me serais mieux vue lourdement diplômée. Ainsi aurais-je été digne de côtoyer cet esprit si bien fait. Mais pour lui répondre, nous entretenir, de ma bouche, quel brouillard épais. Je ne m’énonce pas clairement, comment peut-on me croire ? Ce que je suis ne fera peut-être bientôt plus illusion, écrasé par le souvenir des précédentes. Ce que j’ai de doux n’aura peut-être bientôt plus de goût, on lui préfèrera ce qui était dur et ambitieux, je serai piétinée dans une boue revenue au galop. Ma hantise de te perdre sera toujours immense.

