30.11.05
En boucle
La semaine dernière, j’ai cédé. C’était vachement bon. Deux albums dont un double : «Alligator» de The National et «Aerial» de Kate Bush.
The National, c’est grâce à KMS qui proposait «Baby, We’ll Be Fine» (titre n°376 ) sur sa radio que j’aime et puisque Godspeed avait apposé son label Brain Food sur «Alligator»... Tous leurs titres sont réussis, tous différents souvent avec des consonances new-wave mais parfois on dirait retrouver les mélodies et le timbre du Springsteen surtout dans «Daughters Of The Soho Riots». Quant à Kate Bush, et bien je l’avais presque oubliée. Comment est-ce possible, je l’adorais au tout début des années 80. En retrait depuis 12 ans pour se consacrer à son fils Bertie et à la préparation de ce disque qui lui en prit cinq. Elle a eu le temps de regarder tourner le tambour de sa machine à laver et de sentir le vent dans le linge qu’on étend. Elle les chante, son fils, le linge et le vent. C’est «A Sea of Honey» et «A Sky of Honey». Elle miaule toujours aussi bien. «Aerial» est magnifique. Et puis il fallait lire dans le Courrier International daté du 24 au 30 novembre la traduction du savoureux article de Brendan O’Neill paru dans The Spectator «Franz Ferdinand et Coldplay ? Des lèche-cul rasoir ! ». Savoureux.
The National, c’est grâce à KMS qui proposait «Baby, We’ll Be Fine» (titre n°376 ) sur sa radio que j’aime et puisque Godspeed avait apposé son label Brain Food sur «Alligator»... Tous leurs titres sont réussis, tous différents souvent avec des consonances new-wave mais parfois on dirait retrouver les mélodies et le timbre du Springsteen surtout dans «Daughters Of The Soho Riots». Quant à Kate Bush, et bien je l’avais presque oubliée. Comment est-ce possible, je l’adorais au tout début des années 80. En retrait depuis 12 ans pour se consacrer à son fils Bertie et à la préparation de ce disque qui lui en prit cinq. Elle a eu le temps de regarder tourner le tambour de sa machine à laver et de sentir le vent dans le linge qu’on étend. Elle les chante, son fils, le linge et le vent. C’est «A Sea of Honey» et «A Sky of Honey». Elle miaule toujours aussi bien. «Aerial» est magnifique. Et puis il fallait lire dans le Courrier International daté du 24 au 30 novembre la traduction du savoureux article de Brendan O’Neill paru dans The Spectator «Franz Ferdinand et Coldplay ? Des lèche-cul rasoir ! ». Savoureux.
25.11.05
Recueillement

Alvin Langdon Coburn
Etude de Miss R. – 1904
Photogravure
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,
Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
Le soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Charles Baudelaire – Les Fleurs du mal –1866.
A Marie et Contre la violence faite aux femmes.
21.11.05
Rana

Amadeo Modigliani - Tête rouge
1915
En humant le fumet savoureux du plat du jour, je me suis brusquement souvenue de toi, Rana, et de ta cuisine iranienne.
Tu étais venue de Géorgie pour travailler en Iran, tu t’y étais mariée et y avais élevé tes enfants, je devais avoir 8 ans et toi presque cinquante. Ainsi en me plongeant dans mon assiette, je me suis retrouvée avec toi à l’époque où tu travaillais chez nous dans cette première et grande maison de Téhéran dans laquelle nous nous étions installés en 1975. Je dansais les bras tendus en croix en faisant tourner mes mains comme de petits soleils gracieux au son du vieil accordéon russe que nous avions alors et dont tu étais la seule à savoir jouer. Entre deux mouvements, entre deux souffles asthmatiques de l’instrument fatigué, tu empoignais la grande bassine en plastique qui te servait à étendre le linge pour battre la mesure.
Je me souviens qu’au plus fort de cette petite fête clandestine, surgie de cette soirée si gaie dont tu étais la gardienne, en l’absence de nos parents, tu avais sorti, dans un geste triomphant de matrone, ton sein droit énorme et blanc. Ah comme nous avions ri et combien nous t’avions taquinée ensuite pour le voir encore mais tu avais refusé en nous gourmandant tout en le replaçant dans ton corsage et tu nous avais entraînés à la cuisine pour nous y faire dîner dans un joyeux brouhaha. Mais mon meilleur souvenir de toi c’est ton invitation au mariage de ton fils aîné chéri. Ce jour-là, tu m’avais emmenée en taxi au plus profond du sud de Téhéran dans le quartier ouvrier où vous viviez. Je me souviens que la course avait duré si longtemps que me m’étais endormie contre ton épaule recouverte du crêpe de ton tchador noir. Puis, une fois arrivées, nous avions marché dans un dédale de ruelles éventrées en leur milieu par un caniveau à ciel ouvert où jouaient des gamins morveux. Ils m’avaient regardée longtemps parce que j’avais mis cette jolie robe à fleurs qui me grattait un peu.
Je me souviens de ta maison composée d’une unique pièce et d’une petite cuisine embuée donnant sur une courette terreuse. Pour l’occasion, les rares meubles avaient été poussés le long des murs et les tapis recouvraient entièrement le sol de cette pièce chaleureuse où tout avait été préparé et disposé sur des tables basses pour célébrer la fête. Je me souviens des invités souriants, entrant, se déchaussant et prenant place, assis en tailleur tout autour de cette pièce emplie de musique et aussi de la mariée, belle, très brune et lourdement fardée, apprêtée dans une robe de coupe occidentale au tissu crissant. C’était une fête très familiale réunissant des personnes bienveillantes qui ne s’étonnèrent même pas de ma présence mais qui m’offraient des pistaches et de ce gâteau fabuleux fourré de crème que les mariés avaient départagé ensemble, leurs mains jointes sur le manche du couteau. Je ne sais plus comment je suis rentrée. Je crois bien qu’à la nuit tombée, tu m’avais confiée à ton neveu qui m’avait raccompagnée en voiture à travers la grande ville.
17.11.05
Gris souris

Giorgio Morandi - Still Life - 1946.
Il y a toutes sortes de gris. Il y a le gris plein de rose qui est le reflet des deux Trianons. Il y a le gris bleu qui est un regret du ciel. Le gris beige couleur de la terre après la herse. Le gris du noir au blanc dont se patinent les marbres. Mais il y a un gris sale, un gris terrible, un gris jaune tirant sur le vert, un gris pareil à la poix, un enduit sans transparence, étouffant, même s’il est clair, un gris destin, un gris sans pardon, le gris qui fait le ciel terre à terre, ce gris qui est la palissade de l’hiver, la boue des nuages avant la neige, ce gris à douter des beaux jours, jamais et nulle part si désespérant qu’à Paris au dessus de ce paysage de luxe, qui aplatit à ses pieds, petit, petit, lui le mur vaste et vide d’un firmament implacable(…).
Louis Aragon – Aurélien – 1944.
9.11.05
Res, non verba
Je ne sais plus trop pourquoi j’ai décroché de mon blog ces derniers jours. Je suppose que la vie réelle m’a emportée dans une succession d’occupations prioritaires et chronophages. Ce que je sais c’est qu’écrire ici me manquait mais que je n’avais rien d’intéressant à y livrer à part de petites choses comme mon indigestion de Monica Bellucci présentant son nouveau lifting de sous les yeux et aussi les derniers films dans lesquels on nous bassine qu’elle est si belle. Nina Bouraoui est bien plus troublante que Monica, je trouve et puis c’est dommage pour Houellebecq de ne pas avoir remporté le prix Goncourt. Des broutilles en somme. Et puis j’étais très en colère de voir les cités en flammes, de constater que ces émeutes redoutées et prédites depuis des lustres gangrenaient maintenant toute la France au point d’instaurer un couvre-feu. Quelle misère. Et j’en veux particulièrement aux hommes politiques qui ont été incapables de prendre au sérieux la pauvreté des quartiers depuis toutes ces années. La France est misérable, la France n’a plus de voix.
Ces dernières semaines je me suis aussi occupée du fiston qui s’était blessé au bras droit et qui a dû rester plâtré et sanglé pendant de nombreux jours sans pouvoir écrire, dessiner, ni se livrer à des activités physiques et sportives ce qui pour un gamin de 7 ans relève de l’épreuve véritable. Et puis je me suis aussi tirée de ma couverture grise et vide et j’ai demandé au patron la faveur d’améliorer l’intérêt de mon travail en m’autorisant une formation en comptabilité et au logiciel associé. Je suis très soulagée qu’il me l’ait accordée et l’idée de retourner bientôt à l’école me fait plaisir et me donne l’espoir d’une vie meilleure. L’espoir aussi d’un monde meilleur à l’annonce du débarquement prochain de plusieurs bébés encore en gestation dans les ventres de femmes amies. Sinon, j’ai continué à faire un peu de raffut autour de Following Sean et aujourd’hui c’est le grand soir, avec toutes les bonnes critiques lues dans la presse et sur les blogs de Cacochyme, de Gaëlle et de Nacha, je n'en doute pas : ce film sera un succès !
Ces dernières semaines je me suis aussi occupée du fiston qui s’était blessé au bras droit et qui a dû rester plâtré et sanglé pendant de nombreux jours sans pouvoir écrire, dessiner, ni se livrer à des activités physiques et sportives ce qui pour un gamin de 7 ans relève de l’épreuve véritable. Et puis je me suis aussi tirée de ma couverture grise et vide et j’ai demandé au patron la faveur d’améliorer l’intérêt de mon travail en m’autorisant une formation en comptabilité et au logiciel associé. Je suis très soulagée qu’il me l’ait accordée et l’idée de retourner bientôt à l’école me fait plaisir et me donne l’espoir d’une vie meilleure. L’espoir aussi d’un monde meilleur à l’annonce du débarquement prochain de plusieurs bébés encore en gestation dans les ventres de femmes amies. Sinon, j’ai continué à faire un peu de raffut autour de Following Sean et aujourd’hui c’est le grand soir, avec toutes les bonnes critiques lues dans la presse et sur les blogs de Cacochyme, de Gaëlle et de Nacha, je n'en doute pas : ce film sera un succès !
