31.5.05

Poulpe Fiction 

Lui, c'est mon nouveau copain !


30.5.05

Ita misse est 

Européenne en deuil.


28.5.05

Mama 



J'ai de toi une image
Qui ne vit qu'en mon coeur.
Là, tes traits sont si purs
Que tu n'as aucun âge.

Là, tu peux me parler
Sans remuer les lèvres,
Tu peux me regarder
Sans ouvrir les paupières.

Et lorsque le malheur
M'attend sur le chemin,
Je le sais par ton coeur
Qui bat contre le mien

Maurice Carême


25.5.05

Oui Non Zut 

Mon frère m’a téléphoné pour m’annoncer son mariage ! Il épouse son amie brésilienne fin juin à Paris et nous serons tous conviés à fêter ça ensuite au Brésil à Noël. Je suis jouasse à l’idée d’être de la partie surtout que ce sera l’été là-bas à cette période de l’année et je vais pouvoir acheter des maillots échancrés et danser la samba pendant que vous mangerez des châtaignes et des volailles de luxe.
Quelqu’un a t’il des nouvelles de Winston Smith alias Uzdrük ?
Ceux qui vont voter non ce week-end savent-ils qu’ils me fendent le cœur ?


23.5.05

Cygnes 


Paul Gauguin - Monsieur Loulou - 1890.

Une chanson de Léo Ferré ma hante. C’est « La mémoire et la mer ». J’en ai trouvé les paroles exactes que je tente d’apprendre par cœur pour me les murmurer ou bien les chanter à haute voix tremblante lorsque la rue est déserte et que personne n’entendra ou dans la cuisine quand je prépare le repas, c’est selon. Il faudra que je retrouve dans un carton cette vieille K7 pour l’écouter à nouveau jusqu’à en saturer ma perception. J’aime aussi « Our Mutual Friend », une chanson de The Divine Comedy pour son accent ambigü et tragique et sa magnifique orchestration : « No matter how I try I just can’t get her out of my mind And when I sleep I visualise her. I saw her in a pub. I met her later at the night-club. A mutual friend introduced us. We talked about the noise And how it’s hard to hear our own voice… We talked and talked for hours…Then privately we danced But we couldn’t seem to keep our balance A drunken haze had come upon us. We sank down to the the floor and we sang A song I can’t sing any more. And then we kissed and fell unconscious. I woke up the next day all alone but for a headache. I stumbled out to find the bathroom. But all I found was her wrapped around another lover. No longer then is he our mutual friend. ». Le « And we kissed » est renversant. Aujourd’hui, une représentante suédoise est venue m’apporter des échantillons, les nouveautés d’un fameux papetier. Cette fille était remarquablement belle. Grande et mince et blonde bien sûr et avec des yeux bleus cristallins et ce teint lumineux et transparent des filles vertes des fjords. Elle tirait l’un après l’autre d’un grand sac blanc immaculé, de ravissants catalogues qu’elle posait devant moi comme des cadeaux, elle en tournait les pages parfaitement imprimées sur plusieurs gammes de papiers et dans différents grammages, me parlant avec son délicieux accent, de leur main en en palpant les pages, entre le pouce et l’index qu’elle avait jolis, aux ongles faits, et aussi de leurs traces de bois, leur couche satinée, de l’encre bue et de son recyclage. Elle avait la fraîcheur d’un yaourt légèrement salé et citronné par un apéro d’été. Je dis n’importe quoi.
Ils ont abattu les magnolias de la jolie cour pavée. Ils prenaient trop de place a dit le maître des lieux. Il ne reste plus que le jeune olivier dont je couve le frémissant argenté.
J’ai soif. Je me suis remise à lire après des jours de jeûne et plus je lis, plus j’ai envie, de tout. Ma vie est faite de marées aux coefficients variables. Parfois la mer se retire au loin et il me semble qu’elle ne reviendra jamais puis la voilà qui galope me rejoindre. Alors il ne faudrait pas craindre le vide, ni les mortelles saisons, toujours la vie revient nous étreindre et nous force à l’adoration.


17.5.05

Invasion barbare 


Egon Schiele
Femme à la chevelure noire - 1914.

J’ai retrouvé une photo de toi, Barbara. Tu es devant une fontaine jaillissante, en noir et blanc, le soleil éblouissant te transforme en grimace et j’ai quelque amertume mais aussi du plaisir à me souvenir de toi. Comme tu portais bien ton prénom de bourreau. Nous nous étions jaugées lors du premier TP. Tu m’avais regardée de ton regard plissé de myope, en mordillant la branche droite de tes lunettes entre tes dents bien plantées et je m’étais dit, tu devras te méfier d’elle, puis nous nous sommes souri et j’ai commencé à t’aimer. Tu étais à l’aise en cours, tu avais redoublé ta première année. Tu étais intelligente, brillante, élégante avec tes jupes de marque et tes bottes cavalières, toi, fille de chirurgien, confortablement installée dans votre villa, entourée et soutenue par une mère disponible et affable, avec laquelle tu t’habillais à Paris car, à Grenoble, les boutiques n’étaient pas à la hauteur de votre goût. Tu écrivais de belles lettres à un dandy resté à Paris, d’une belle écriture penchée où je lisais pulpe, bel amour et femme radieuse. Je te consolais de ta peau sèche et tes ongles rongés et te rappelais le charme de tes yeux légèrement bridés hérités de ta mère et de ta bouche aux lèvres pleines que tu fardais à l’inter-cours d’un coup d’index trempé dans un tube de rouge Chanel. De nous tous, tu étais la seule à posséder une voiture. C’était une jolie Peugeot verte de collection dans laquelle tu nous ramenais parfois de nos soirées étudiantes paumées. Tu conduisais comme un pied, combien de fois tu faillis nous tuer. Etudier tenait de la jubilation, avec toi, de la fusion intellectuelle. Nous partagions l’étourdissement d’apprendre et de réfléchir dans l’atmosphère moite et studieuse de la bibliothèque. Nous lisions Libération, nous lui écrivions. Nous voulions des succès de femmes libres et tous les garçons.
Et puis je t’ai perdue, je crois cet été là, de t’avoir parlé du viol et de ne savoir que faire de mon nouvel abîme. Bien sûr, je n’étais plus la même et je ne partageais plus cette certitude de réussir que nous entretenions. Je perdis peu à peu crédit à tes yeux, après mon échec, retournée à Paris, en mon absence, tu cherchas même à t’emparer de mon amoureux. Lorsque je suis revenue pour de courtes vacances, nous eûmes une discussion pendant laquelle je t’éreintais avec plaisir et je te regardais pleurer dans cette voiture avec la satisfaction de celle qui retrouve sa morgue après l’humiliation. Après ce fut fini.
Il y a quelques années, je t’ai cherchée dans l’annuaire et je t’ai trouvée, tu étais retournée dans le Nord. J’ai composé ton numéro de téléphone et tu m’as avoué que tu étais surprise que je t’appelle, tu m’as même dit que tu n’en aurais jamais eu l’idée. Comme avant, tu ne m’interrogeas pas ou bien à peine et tu déblatéras sur toi et ton ventre que tu avais rond d’une fille à naître. Mon fruit à moi que je te présentais en mots de pudeur et d’ombres t’arracha tout de même une exclamation de fausse connivence mais non, il n’y avait plus rien et bientôt je raccrochai, dans un sourire mauvais.


11.5.05

Diabolo menthe 


Milton Avery - Walkers by the sea - 1954.

Tu te souviens de nos onze ans. Oui. Alors raconte pour voir. Quand je suis arrivée d’Iran en janvier 1979, débarquant à Paris, à l’Institut, tu es la seule qui soit devenue mon amie. Tu t’étais prise d’affection pour moi. Tu m’entourais, souviens-toi comme tu étais malicieuse avec tes cheveux courts et tes yeux verts, nous riions. Tu me trahissais parfois avec ces pestes livides de notre classe, il est vrai vous aviez des particules, affectives. Je me souviens de cette peine qui s’attablait alors à notre pupitre commun nous transformant en étrangères tout à coup et qui plombait le bleu marine de notre uniforme jusqu’au delà des cours. Dès le début, je n’étais sûre de rien. J’étais seule mais j’aurais du rester plus souvent près de moi. Pour l’harmonie parfois, j’ai des élans christiques, je partage mes carambars et réserve des places à la cantine. Et vous m’aimiez un peu pour cet aveu de désirer que les choses changent. Malgré elles. Quelle folie. Toutes ces filles de l’école de filles. Vous étiez un peu méchantes, à vous piquer vos gommes multicolores, vous étiez un peu mesquines à force d’être parquées entre vous dans vos vêtements de bonnes familles.
Mais j’aimais venir dormir chez toi. Dans ce quatuor de femmes. Ta mère, digne et fauchée, qui picolait un peu. Tes deux sœurs. Toi au milieu. On mangeait des œufs à la coque dans la petite cuisine, ta mère debout nous houspillait tout en beurrant des mouillettes. Et puis le bain et ensuite les secrets que nous échangions avant d’être emportées par le sommeil. Un jour ta mère avait lu ton journal holly hobby. Tu y avais écrit que tu la détestais. Elle t’avait demandé des comptes. La mienne n’aurait jamais fait ça. C’est moche. Ta grande sœur avait un blouson Teddy rouge elle m’avait dit en nouant sa queue de cheval : les garçons aiment les filles sportives. La frimeuse. Vous aviez des tas de cousins que vous retrouviez dans votre maison de famille en Normandie et je vous enviais vos soirées et vos immenses plages. J’avais offert un foulard à ta mère. Un foulard vert, soyeux comme l’eau d’une mare, acheté avec mon argent de poche dans une boutique de la rue Mouton-Duvernet. Quelle fierté de lui tendre le paquet lorsque vous m’aviez une fois de plus invitée. Tu es restée une amie fidèle. Lorsque je me perdais, tu m’as toujours fêtée. Tu t’es mariée. Tu m’as présenté tous tes bébés ou presque, et oui, tu vois, ça fait un bail.


4.5.05

Bigorneaux et Bazooka 

Je pars quelques jours prendre un bon bol d’air sur la côte ouest.
Je vais faire du vélo, claquer la bise aux copains et à la belle-famille, manger des mojettes et des moules et…filer voir cette expo BAZOOKA aux Sables d’Olonne.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire et la production de ce groupe de graphistes de la fin des années 70, quelques liens :
BAZOOKA – The Graphic Resistance
BAZOOKA – des photos
Fanzine Punk - STNT


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