27.4.05
Quid novi ?

©Alain Bénéteau - 2005.
Mon dinosaure a acheté un nouvel ordinateur qui dépote du tonnerre avec un écran plat, noir, très sexy, du coup, j’ai récupéré sa bécane blanche et notre fiston a hérité de la mienne, bleue, pour faire des jeux, c’est parfait. Comme toujours, après un achat lourd, je suis plutôt angoissée, mais bon, il s’agit d’un investissement destiné à travailler mieux et plus vite et sur des boulots plus audacieux. J’ai croisé les doigts pour qu’il en pleuve et un palais a appelé pour lui passer commande.
Pendant que mon dinosaure installait le nouveau matériel et procédait aux transferts de données, je me suis relancée dans la décoration de l’appartement : accrochage d’œuvres variées : 3 vues de New-York de Gottfried Salzmannn au dessus de mon bureau, Merz 601 de Kurt Schwitters face au padock, jolie tablette de 6 dinosaures encadrés dans le couloir de l’entrée, Mandala jaune pas loin de la télé, le j’en passe avait déjà été posé, puis, tri de mes modelages dont de nombreuses pièces ont été abîmées lors du déménagement malgré le soin apporté à leur emballage. J’ai dû en mettre à la benne une bonne moitié, mais ce n’est pas grave, les objets font leur temps, on les trouve moins beaux, il est bon de jeter sous peine d’étouffement.
Il va falloir, comme le disent si bien les anglo-saxons, qu’on « organize a housewarming party », oui, baptiser cet appartement et qu’il soit réchauffé par des amis chaloupant dans la musique.
Ce que j’aime ici c’est le ciel, on respire. Ce que j’aime aussi c’est ce petit hameau de maisons fleuries qui s’offre à notre vue et tous ces enfants qui jouent en bas et leurs cris dans la résonance des fins de journées qui s’allongent.
Et la lumière, le grand courant d’air et le parc tout près. Il faut prendre le bus ou marcher dix bonnes minutes pour retrouver un des points névralgiques du métropolitain. C’est un autre Paris, ce n’est pas encore la banlieue, c’en est un avant-goût silencieux.
Dedans, bah, je suis calme. Mon cœur ne bat pas à tout rompre. Je voudrais toujours baigner de cet état de trêve.
Je lis, je réfléchis un peu. D’habitude, je ne réfléchis pas, je rêve. J’ai fait une liste de personnes auxquelles je voudrais rendre un hommage et aussi un peu de rage. Des adultes estimés dans l’enfance, des grands messagers, des passeurs de joie, des traîtresses, des enfants forts comme des titans.
Hier, nous avons regardé les photos d’un voyage dont je rêve mais que d’autres ont fait et j’étais un peu amère de reporter sans cesse pour le strict raisonnable de l’économie familiale. On ne peut pas tout faire, on fait selon le temps et les moyens. Et le temps se carapate.
15.4.05
Shame on me
Chez tient à connaître trois de mes plaisirs honteux.
Vous moquez pas, ça risque d’être bientôt à votre tour de passer à confesse !
Mon premier plaisir honteux c’est la bière. Vous le saviez déjà, je peux difficilement passer une journée entière sans boire une bière, si possible une 1664. Vous me direz qu’il n’y a pas à en avoir honte et que nous sommes nombreux dans ce cas-là, voyez Winston Smith par exemple qui boit comme un trou et qui bat ensuite sa souris comme plâtre ou encore Samantdi qui carbure au Martini blanc avec olive piquée entre cours au bahut et drague à la cantine. Je ne parlerai pas du cas de Sophie , qui, profitant de son exil au Portugal, sirote du Moscatel entre repassage, jardinage et cours de voile à l’embouchure du Tage. Ainsi, mon premier vrai plaisir honteux est de me retrouver la seule femme à boire un demi au comptoir d’un bistrot.
Mon deuxième plaisir honteux est de regarder Nip /Tuck le vendredi soir sur M6. J’adore cette série sulfureuse dans laquelle toutes sortes de victimes (de la mode, de psychopathes violeurs ou de névroses familiales ou autres) se livrent aux mains expertes de mes deux chirurgiens plasticiens préférés pour se laisser refaire le sourire, repulper les grandes lèvres ou juste pour le plaisir qu’ils s’occupent d’elles. C’est gore (aïe), il y a parfois du sexe (miam) et c’est parfaitement amoral (alléluia). Mon plaisir honteux est que cette série me plonge dans l’attraction/répulsion pour une opération miraculeuse qui rendrait mon œuf sur le plat droit aussi gros que mon œuf sur le plat gauche.
Mon troisième plaisir honteux est celui que me procure la compagnie des stars. Tout comme Godspeed qui s’est inscrit exprès dans le même club de squash que Jean-Pierre Elkabach, je guette le star-system tout en prenant un air dégagé. Par exemple, à midi, j’ai déjeuné tout naturellement en face de Mathieu Amalric, sans rougir, comme si je le connaissais depuis toujours, comme si nous nous étions embrassés lorsque nous étions jeunes et je livre au passage qu’au naturel, il garde ce regard cerné auquel je trouve tant de charme.
Voilà, vous savez tout sur un peu de mon linge sale !
Je passe la clé du confessionnal à qui veut et à tous ceux qui sont cités.
Vous moquez pas, ça risque d’être bientôt à votre tour de passer à confesse !
Mon premier plaisir honteux c’est la bière. Vous le saviez déjà, je peux difficilement passer une journée entière sans boire une bière, si possible une 1664. Vous me direz qu’il n’y a pas à en avoir honte et que nous sommes nombreux dans ce cas-là, voyez Winston Smith par exemple qui boit comme un trou et qui bat ensuite sa souris comme plâtre ou encore Samantdi qui carbure au Martini blanc avec olive piquée entre cours au bahut et drague à la cantine. Je ne parlerai pas du cas de Sophie , qui, profitant de son exil au Portugal, sirote du Moscatel entre repassage, jardinage et cours de voile à l’embouchure du Tage. Ainsi, mon premier vrai plaisir honteux est de me retrouver la seule femme à boire un demi au comptoir d’un bistrot.
Mon deuxième plaisir honteux est de regarder Nip /Tuck le vendredi soir sur M6. J’adore cette série sulfureuse dans laquelle toutes sortes de victimes (de la mode, de psychopathes violeurs ou de névroses familiales ou autres) se livrent aux mains expertes de mes deux chirurgiens plasticiens préférés pour se laisser refaire le sourire, repulper les grandes lèvres ou juste pour le plaisir qu’ils s’occupent d’elles. C’est gore (aïe), il y a parfois du sexe (miam) et c’est parfaitement amoral (alléluia). Mon plaisir honteux est que cette série me plonge dans l’attraction/répulsion pour une opération miraculeuse qui rendrait mon œuf sur le plat droit aussi gros que mon œuf sur le plat gauche.
Mon troisième plaisir honteux est celui que me procure la compagnie des stars. Tout comme Godspeed qui s’est inscrit exprès dans le même club de squash que Jean-Pierre Elkabach, je guette le star-system tout en prenant un air dégagé. Par exemple, à midi, j’ai déjeuné tout naturellement en face de Mathieu Amalric, sans rougir, comme si je le connaissais depuis toujours, comme si nous nous étions embrassés lorsque nous étions jeunes et je livre au passage qu’au naturel, il garde ce regard cerné auquel je trouve tant de charme.
Voilà, vous savez tout sur un peu de mon linge sale !
Je passe la clé du confessionnal à qui veut et à tous ceux qui sont cités.
14.4.05
Chouette un nouveau jouet !
A rebours

Le Corbusier - Nature morte avec de nombreux objets - 1923.
Avant-hier j’écrivais :
La soif voudrait que je cherche à me prostituer pour me retrouver noyée chez les libraires. Il faudrait offrir autre chose, un truc travaillé pour le circuit officiel, les spécialistes, l’intelligentsia, bref tout le merdier de la vanité et de la reconnaissance sociale. Mais, ma production, mon caca à moi ne fume que sur ce blog. Et c’est déjà beaucoup pour l’exhibition. Et encore, je dois préciser que tout mon caca n’est pas en vitrine, grâce à Dieu ! Alors, c’est pas suffisant tout ça ? Je l’aime édité ainsi mon caca, il est vraiment de moi et on ne rôde pas autour et on ne me dit pas comment le mouler et où le déposer.
Les pages accumulées en une jolie pile, je ne sais qu’en faire et surtout pas de château. Je ne peux pas non plus jouer avec, ni les assembler autrement que dans cet ordre chronologique, ces fragments à lire à contre-courant, ce merveilleux rythme propre au blog. Et puis, sans les belles images, les textes ne sont-ils pas un peu secs, déconnectés, je farfouille dedans sans désir d’en changer .
Il n’y a pas d’or que je force, que j’épisiotomise, que je sorte aux forceps comme une marchandise.
Hier soir, enlacée à l’égo : on ne me lit plus des masses, je ne suis pas sur les listes à la mode. Je lasse, je ne délasse pas. Alors l’abandonnisme m’a reprise comme une vague qui se cabre, j’ai des envies de mourir d’ici.
J’ai besoin de l’autre pour contrer la dépréciation, le travail de sape systématique qui m’empoisonne. Vous êtes, mes bâtonnets d’engrais pour plantes fragilisées par l’excès de lumière ou d’ombre. Ne vous retirez pas de ma plate-bande, j’en crèverais. Ma vie réelle n’est pas aussi cruelle que ma vie virtuelle. Dans ma vie réelle, les êtres que j’aime ne m’échappent pas tant. Ce matin, par exemple, je riais aux larmes des blagues d’un pilier de l’agence et pourtant je sais qu’il est aussi meurtri que moi. Ce matin, le fiston modulait sous la douche une nouvelle chanson, à pleins poumons. Ce matin, son père m’annonçait de nouveaux succès mérités et cette satisfaction rejaillit sur moi, un peu, nous sommes liés. Sinon, c’était à nouveau le fracas malgré Nicole K qui s’emploie avec une infinie patience à me redresser tous les lundis. Parfois les jours sans elle sont orphelins, je les console comme je peux avec des petits guilis et pas mal de cigarettes !
Mais ce soir, la vie a eu beaucoup plus d’imagination que moi.
J’ai reçu un message : un voisin m’ouvre une porte dans un éclat de rire.
Je crois bien que je vais la pousser. Avec plaisir. Merci !
8.4.05
Un barrage contre le Pacifique
Que de belles choses aujourd’hui, que de cadeaux pour l’âme, toutes ces traces de sympathie allègent le bois de mes rames et j’ai honte d’avoir douté, de vous à moi, de ce qui peut tenir. Et puis c’est vendredi, le temps sera pour passer cette barre, ce pacifique et tout pourrait être plus simple, je le sais secrètement. C’est le soir que le temps m’abat. Le matin, je vais le cœur léger, je suis tissée des projets du jour et des voix de la nuit, j’avance vers le même quartier où créer c'est mille métiers exposés en boutiques. C’est stimulant, c’est épuisant de courir derrière les puissants qui arrivent à en vivre. Je les laissais passer le long de l’étroit trottoir et je restais dans le sillage de leur parfum de succès en me disant tu as choisi de rester dans l’appentis. Mais ce n’est pas suffisant, je tremble de faim, veiller aux autres seuls et à ceux de mon sein, ne nourrit que mon ombre, accroît mon grand chagrin d’avoir manqué un jour l’embranchement indiqué vers le plus court chemin. J’ai vu que se relèvent les défenestrés, ensemble nous avons arrêté de nous droguer, de rendre, de voler et nous avons bâti nos vies sur une revanche à prendre, sur le temps à rattraper. Nous avons eu des problèmes de dents, de vue, nos foies sont fatigués, nous sommes même plombés hépatites, hiv, on ne peut pas comprendre à moins d’avoir aussi sombré. Finalement, je n’ai perdu que cinq doigts de mes amis, il me reste les cinq autres après l’hémiplégie. On fait plein de choses d’une main, je le sais bien, on s’en relève et on soigne son moignon en espérant qu’il repousse comme une étoile de mer.
6.4.05
Des livres
Petit piège envoyé par Manur.
1. Combien lisez-vous de livres par an ?
A la louche, je dis une petite quarantaine…
2. Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?
J’en ai acheté une paire et que de la poésie, comme souvent :
Chêne et chien de Raymond Queneau
Les planches courbes d’ Yves Bonnefoy
3. Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
Paroles de détenus – lettres et textes rassemblés par Jean-Pierre Guéno.
4. Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.
Les lettres à un jeune poète – Rainer Maria Rilke
Bourlinguer – Blaise Cendrars
Kaputt – Curzio Malaparte
Voyage au bout de la nuit – L.F. Céline
Last exit to Brooklyn – Hubert Selby
5. A qui allez-vous passer le relais ? Et pourquoi ?
Hop, hop, je refile la patate chaude à Godspeed pour lui donner des envies de poster, à Samantdi parcequ’elle est ma prof de français préférée et à Ataraxie pour en savoir plus sur lui.
Bon courage les amis !
1. Combien lisez-vous de livres par an ?
A la louche, je dis une petite quarantaine…
2. Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?
J’en ai acheté une paire et que de la poésie, comme souvent :
Chêne et chien de Raymond Queneau
Les planches courbes d’ Yves Bonnefoy
3. Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
Paroles de détenus – lettres et textes rassemblés par Jean-Pierre Guéno.
4. Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.
Les lettres à un jeune poète – Rainer Maria Rilke
Bourlinguer – Blaise Cendrars
Kaputt – Curzio Malaparte
Voyage au bout de la nuit – L.F. Céline
Last exit to Brooklyn – Hubert Selby
5. A qui allez-vous passer le relais ? Et pourquoi ?
Hop, hop, je refile la patate chaude à Godspeed pour lui donner des envies de poster, à Samantdi parcequ’elle est ma prof de français préférée et à Ataraxie pour en savoir plus sur lui.
Bon courage les amis !
4.4.05
Pierre et catharsis
Chère amie, je viens d’achever la lecture de ton manuscrit et bien sûr, comme après chaque rencontre exceptionnelle, je ne suis plus la même. Je t’en remercie.
Car moi aussi, tu ne le sais que trop bien, je cherche une faille dans ce mur des lamentations, un sillon dans lequel glisser un mot, le premier de l’histoire. J’ai beau tâter les interstices vaquant entre les pierres, je n’y sens pas l’espace d’une prise. La phrase du début n’est pas retenue, elle glisse toujours à ses pieds, après elle s’envole, c’est toujours pareil. Si je trouvais, mon mot s'y fondrait comme une graine qui s’y serait logée par hasard et s’y trouvant à son aise malgré l’inconfort de sa situation, serait tentée de vivre et de s’y développer.
Comme je t’envie d’avoir trouvé ton heure, d’avoir pleuré ton saoul jusqu’à l’extrême maigreur pour reprendre ensuite ton souffle et ta consistance dans la nouvelle saveur de ce repas. Comme je t’admire d’être descendue, je dirais si bas, si profond, pour mener cette enquête au fond de toi et de ceux qui t’ont donné chair.
Car moi aussi, tu ne le sais que trop bien, je cherche une faille dans ce mur des lamentations, un sillon dans lequel glisser un mot, le premier de l’histoire. J’ai beau tâter les interstices vaquant entre les pierres, je n’y sens pas l’espace d’une prise. La phrase du début n’est pas retenue, elle glisse toujours à ses pieds, après elle s’envole, c’est toujours pareil. Si je trouvais, mon mot s'y fondrait comme une graine qui s’y serait logée par hasard et s’y trouvant à son aise malgré l’inconfort de sa situation, serait tentée de vivre et de s’y développer.
Comme je t’envie d’avoir trouvé ton heure, d’avoir pleuré ton saoul jusqu’à l’extrême maigreur pour reprendre ensuite ton souffle et ta consistance dans la nouvelle saveur de ce repas. Comme je t’admire d’être descendue, je dirais si bas, si profond, pour mener cette enquête au fond de toi et de ceux qui t’ont donné chair.
3.4.05
L'eau de Cologne

Pierre Bonnard - Nu à contre-jour - 1908.
Ou bien je l'entendais dans une autre salle.
je ne savais rien d'elle sinon l'enfance.
Des années ont passé, c'est presque une vie
Qu'aura duré ce chant, mon bien unique.
Elle chantait, si c'est chanter, mais non,
C'était plutôt entre voix et langage
Une façon de laisser la parole
Errer, comme à l'avant incertain de soi,
Et parfois ce n'étaient pas les mêmes mots,
Rien que le son dont des mots veulent naître,
Le son d'autant d'ombre que de lumière,
Ni déjà la musique ni plus le bruit.
Yves Bonnefoy
La voix lontaine - II
Les planches courbes






