31.8.04

Entretien 


Mexique 1972.

Je trouve si difficile de me présenter, de parler de moi, de me vendre, de faire envie, pourtant ce n’était pas un examen. Je bafouille un peu, je cherche mes mots, le fil de ma pensée s’échappe, je crois sombrer dans mon propre néant, je suis timide finalement et peu sûre de moi. Mais l’entretien s’est bien passé et je pense détenir une chance d’être adoptée. J’étais heureuse et soulagée en sortant mais le soir venu, des bribes de cafouillages confits dans ma honte sont remontées à mes lèvres et je me les répétais devant le miroir tout en me démaquillant, je me sentais piteuse et triste avec dans la tête des idées de médiocrité, de lacunes et d’incompétence.
Mais aujourd’hui portait à nouveau sa tenue bleue d’espoir et je suis de bonne humeur, comme tous les matins d’ailleurs. A peine une brume d’anxiété vite lavée sous la douche.


29.8.04

Eté 


Piet Mondrian - Arbres au bord du Gein - 1907-1908.

Il est un jardin clair, herbe sèche et lumière,
entouré de murets, qui réchauffe sa terre
doucement. Lumière qui évoque la mer.
Tu respires cette herbe. Tu touches tes cheveux
et tu en fais jaillir le souvenir.
J’ai vu
bien des fruits doux tomber sourdement sur une herbe
familière. Ainsi tressailles-tu toi aussi
quand ton sang se convulse. Ta tête se meut
comme si tout autour un prodige impalpable avait lieu
et c’est toi le prodige. Dans tes yeux,
dans l’ardent souvenir, la saveur est la même.
Tu écoutes.
Les mots que tu écoutes t’effleurent à peine.
Il y a sur ton calme visage une pensée limpide
qui suggère à tes épaules la lumière de la mer.
Il y a sur ton visage un silence qui oppresse
le cœur, sourdement, et distille une douleur antique
comme le suc des fruits tombés en ce temps-là.

Cesare Pavese – Travailler fatigue - 1936


28.8.04

Kodjà mirid 


Afghanistan - 1977.

J’aimerais bien le décrocher ce boulot… on verra. Entretien lundi prochain à 16 heures. J’en ai déjà assez de ne pas bosser. J’ai l’impression d’exister à moitié. C’est une solitude à laquelle je ne me fais pas.
La vie sans collègues…
Je suis revenue de Sanary définitivement rassurée à propos d’une chose essentielle concernant ma naissance : bien que mon arrivée non programmée ait pu être considérée comme une catastrophe, j’ai été très bien accueillie par mes parents. Je leur ai même donné envie de faire plein d’autres enfants. A force de fouiller et d’examiner silencieusement les photos je ne puis en douter. Fin de la plainte. Il y aura toujours de la compétition dans les fratries, pour l’approbation des parents et le chuchotement des jalousies qui couvent mais je ne joue plus. Je suis libre. Il faut que je m’en souvienne.
Maintenant, choisir un cartable d’entrée au CP pour un petit bonhomme au sourire ébréché, faire un modelage d’une jeune femme nue, acheter un peu de matos pour encadrer, préparer la megateuf-expo du mois d’octobre avec… tous les amis et de riches collectionneurs suisses, russes et californiens venus spécialement pour l’occasion, je blague, il n’y aura que les amis.
J’aimerais qu’écrire coule de mes doigts comme une eau...
J’ai retrouvé des photos de nos voyages en Iran et en Afghanistan. En même temps je lisais « L’usage du monde » de Nicolas Bouvier et c’était un régal de l’accompagner et de partager certaines de ses étapes, de reconnaître des lieux, de fermer les yeux du délice de voir à nouveau les plaines douces, d’entendre ces mots de persan que je savais, perdus. Kodjà mirid ? Où vas-tu ? Nicolas Bouvier et Thierry Vernet avaient inscrit à l’arrière de leur véhicule ce quatrain de Hâfiz :

Même si l’abri de ta nuit est peu sûr
et ton but encore lointain
sache qu’il n’existe pas
de chemin sans terme
Ne sois pas triste


25.8.04

Paris libéré 


Carton à découper de Roland Forgues.
Les librairies-papeteries parisiennes diffusent ces planches auprès des enfants dès la fin de l'été 1944. Collection Alain Gesgon - CIRIP.

Je suis revenue plus tôt que prévu. Il faisait un temps moche à l’ouest, venteux, on s’ennuyait un peu, le petit s’était blessé au pied, 4 points de suture c’est pas idéal pour les vacances à la mer, alors on est rentrés, mais c’étaient d’excellentes vacances !
A Sanary, des vacances pour voir mes parents et des cousins sympas suffisamment âgés pour être mes grands-parents, juste eux et nous, sans toute la smala des frères et sœurs et copines copains donc, ça fait du bien de pouvoir s’entendre hors du brouhaha habituel. J’ai interrogé mon père à propos de son père, Jean, j’ai passé plusieurs soirées à dénicher de vieilles photos de famille et c’était agréable de retrouver toutes ces images et de recomposer ainsi le puzzle de mon enfance.
Les oliviers sont toujours aussi beaux, surtout par temps de mistral, c’est à pleurer.


17.8.04

Cap à l'ouest 


St Gilles-Croix-de-Vie - La plage - 1970.

Jusqu'au 30 août...


6.8.04

Tita à la mer 


Jean Puy - Marché à Sanary - 1925.

Je pars en vacances à Sanary-sur-Mer jusqu’au 16 août.
Grâce à la webcam filmant le port vous saurez quel temps il fait là-bas !
Vous allez me manquer quand même un peu…
A bientôt !


4.8.04

Post 120 


Richard Lindner - Uptown - 1968.

Le fiston est absent, en vacances chez ses grands-parents. Il me manque mais ça me fait moins mal qu’avant. J’en suis même étonnée. Lorsque nous avons reçu des photos de son séjour par mail, je pensais en les découvrant : mon Dieu, j’avais un peu « oublié » à quel point cet enfant est beau, et combien je l’aime ; je disais à son père : regarde comme son regard est intense et comme ses joues sont rondes et hâlées, il a l’air radieux, grandi. Le savoir heureux et en forme, loin de nous, tant mieux. Ainsi puis-je continuer de rêver en paix avant de le retrouver là-bas samedi.
Suite à Think Pink, je me sens beaucoup mieux. Je me suis acheté des tongs roses de midinette puis, au comble de ma fièvre estivale, un vernis à ongles dans la même teinte mate et vibrante. Me voici assortie.
J’ai ensuite pondu une lettre plutôt motivée en réponse à une offre d’emploi plutôt bandante, et elles sont rares, à croire que les contrats à durée indéterminée sont en voie d’extinction, à moins que ce ne soit un syndrome du marché du travail au mois d’août… On verra bien…
A la crêperie, j’ai reconnu Anémone et son petit chien. Elle lisait Le Monde, elle ne sourit pas du tout... Je suis rentrée sous l’orage, je glissais avec mes tongs, j’ai dû traîner la savate avec la nonchalance d’un jeune éléphant pour rester agrippée au bitume gras et puant. J’ai passé l’après-midi à lire avec plaisir le gros bouquin de Régis Jauffret, Univers, Univers. Il me donne le tournis avec l’histoire de cette femme amnésique qui, assise devant le four de sa cuisine, regarde cuire un gigot sans savoir par qui, ni à quelle occasion il sera dégusté une fois prêt. Elle imagine toutes sortes d’hypothèses à son histoire, ses pensées sautent d’un scénario à l’autre, c’est hypnotisant à force et je suis obligée de faire des pauses régulièrement. C’est quand même vachement bien.
Le plus important est que j’ai rencontré Sophie, lundi. J’avais l’impression de la connaître depuis longtemps. Le déjeuner s’est étiré jusqu’à quatre heures mais je n’ai pas vu le temps passer tant nous avons parlé et ri, puis je l’ai raccompagnée à l’arrêt du 91. Après son départ, je me suis sentie un peu triste. Peut-être passerons-nous la voir au Portugal si mon dessinateur de dinosaures de mari gagne le premier prix au concours de la plus belle œuvre dinosauresque du Musée de Lourinha, Lisboa. Un cierge à Fatima !


1.8.04

Think Pink 


Lucio Fontana - The End of God - 1963.

J’aurais voulu être tricotée, j’aurais voulu être attendue et que l’on tisse pour moi les pans d’un lumineux destin. J’aurais voulu l’affection des étreintes pleines, de l’infinie patience, de la confiance absolue, des doutes anéantis par le toujours de l’amour. J’aurais voulu être rêvée, imaginée non pas de la couleur du plomb et de la charge mais de celle de l’espoir et du souhait. Comme on dit née de l’esprit. Peut-être ai-je échappé à la mort, aux faiseuses d’anges, mes dents sont encore blanches mais j’ai la langue noircie par le chagrin de ma genèse.
Peut-être ne suis-je même pas née, pas encore, je m’en apercevrais là, maintenant à 36 ans passés, alors que je dispose de temps pour y penser. Je m’y mettrais aujourd’hui parcequ’il n’est jamais trop tard.


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