29.12.03
Pain in America
Nelson Algren - "Un fils de l’Amérique"
Doroty Allison - "L’histoire de Bone" – "Retour à Cairo"
Karla Kuban - "Haute Plaine"
Toni Morisson - "Bleu"
Ben Reitman - "Boxcar Bertha"
Hubert Selby - "La geôle" – "Last exit to Brooklyn" - "Retour à Brooklyn"
Mildred Walker - "Blé d’hiver"
Doroty Allison - "L’histoire de Bone" – "Retour à Cairo"
Karla Kuban - "Haute Plaine"
Toni Morisson - "Bleu"
Ben Reitman - "Boxcar Bertha"
Hubert Selby - "La geôle" – "Last exit to Brooklyn" - "Retour à Brooklyn"
Mildred Walker - "Blé d’hiver"
19.12.03
rue galande - rue des anglais - 1971
Feeling like a rolling stone - 5 - Angola 1
Mon père est donc parti à Luanda, Angola, plusieurs fois cette année là.
Son boulot était d’installer toute la logistique destinée à recevoir les familles des expatriés envoyés là-bas pour y chercher du pétrole. Le genre de mission pour balèze.
J’aimais bien vivre à Paris même s’il me semblait gris et souvent écrasant. L’hiver était long. Cétait à la fois la course, l’excitation et souvent l’ennui, les tentations incessantes et les restrictions évidentes, l’avidité adolescente et le manque.
Je lisais. J’aimais aller au cinéma, seule, le mercredi après-midi. Je faisais pousser des plantes dans ma chambre et des poèmes sur l’automne-le feu-l’amour-la guerre qui m’arrachaient des larmes et j’avais accroché aux murs des photos de miou-miou de depardieu et de bonnaire. Le matin, l’odeur de pain grillé se mêlait à la voix onctueuse d’Eve Ruggieri racontant à la radio la vie de femmes célèbres, les frangins se poussaient du coude devant le miroir du lavabo pour se faire la mèche comme Travolta, ma mère buvait un café en rangeant les copies de ses chers élèves de ce lycée de Malakoff.
J’avais douze ans. Nous allions bientôt être quatre enfants.
A son retour, mon père tenta de nous décrire l’Angola. Et ce que pourrait être notre vie là-bas. Il nous parla de la plage, de la petite école française de Luanda, des cours par correspondance, de la mer, de la beauté du pays, de la plage, de la plage et de ce qu’il n’y aurait pas : pas de télé, pas de ciné, pas de magasins mais le couvre-feu et les militaires.
Nous sommes partis en Angola après les grandes vacances. Avec notre nouvelle petite sœur Juliette qui n’avait que deux mois.
Après plus de 8 heures de vol, le passage à la douane de Luanda fut assez pénible. Dans une chaleur accablante, les douaniers inspectèrent pendant des heures absolument tout le contenu de nos valises, très lentement. Sortant le moindre vêtement, le moindre objet pour l’examiner avec circonspection. Ca a pris des plombes. La lumière était blafarde, je sentais l’odeur de la sueur et de la peur rôder dans les allées désertes de l’aéroport. Les types en faisaient des tonnes, ils étaient nerveux, ils avaient des mitraillettes. Mon père nous attendait, de l’autre côté de la barrière, souriant, rassurant.
Nous étions arrivés.
On vécu quelques mois dans une de ces maisons typiques des années coloniales africaines des années 60. Marbrée, froide, vide et « moderne » mais ni l’électricité ni l’eau n’y courraient plus que quelques heures par jour. Nous nous empressions de remplir la baignoire et de faire des réserves dans des dames-jeannes de vin du Portugal. L’ancien propriétaire avait installé un boîte de nuit décorée kitsh portugais au sous-sol, et dans le jardin bétonné il y avait une pergola où je fis ma première boum.
Les souvenirs se pressent à ma bouche, l’Angola est une grosse cartouche, c’est là que j’ai grandi d’un coup.
Son boulot était d’installer toute la logistique destinée à recevoir les familles des expatriés envoyés là-bas pour y chercher du pétrole. Le genre de mission pour balèze.
J’aimais bien vivre à Paris même s’il me semblait gris et souvent écrasant. L’hiver était long. Cétait à la fois la course, l’excitation et souvent l’ennui, les tentations incessantes et les restrictions évidentes, l’avidité adolescente et le manque.
Je lisais. J’aimais aller au cinéma, seule, le mercredi après-midi. Je faisais pousser des plantes dans ma chambre et des poèmes sur l’automne-le feu-l’amour-la guerre qui m’arrachaient des larmes et j’avais accroché aux murs des photos de miou-miou de depardieu et de bonnaire. Le matin, l’odeur de pain grillé se mêlait à la voix onctueuse d’Eve Ruggieri racontant à la radio la vie de femmes célèbres, les frangins se poussaient du coude devant le miroir du lavabo pour se faire la mèche comme Travolta, ma mère buvait un café en rangeant les copies de ses chers élèves de ce lycée de Malakoff.
J’avais douze ans. Nous allions bientôt être quatre enfants.
A son retour, mon père tenta de nous décrire l’Angola. Et ce que pourrait être notre vie là-bas. Il nous parla de la plage, de la petite école française de Luanda, des cours par correspondance, de la mer, de la beauté du pays, de la plage, de la plage et de ce qu’il n’y aurait pas : pas de télé, pas de ciné, pas de magasins mais le couvre-feu et les militaires.
Nous sommes partis en Angola après les grandes vacances. Avec notre nouvelle petite sœur Juliette qui n’avait que deux mois.
Après plus de 8 heures de vol, le passage à la douane de Luanda fut assez pénible. Dans une chaleur accablante, les douaniers inspectèrent pendant des heures absolument tout le contenu de nos valises, très lentement. Sortant le moindre vêtement, le moindre objet pour l’examiner avec circonspection. Ca a pris des plombes. La lumière était blafarde, je sentais l’odeur de la sueur et de la peur rôder dans les allées désertes de l’aéroport. Les types en faisaient des tonnes, ils étaient nerveux, ils avaient des mitraillettes. Mon père nous attendait, de l’autre côté de la barrière, souriant, rassurant.
Nous étions arrivés.
On vécu quelques mois dans une de ces maisons typiques des années coloniales africaines des années 60. Marbrée, froide, vide et « moderne » mais ni l’électricité ni l’eau n’y courraient plus que quelques heures par jour. Nous nous empressions de remplir la baignoire et de faire des réserves dans des dames-jeannes de vin du Portugal. L’ancien propriétaire avait installé un boîte de nuit décorée kitsh portugais au sous-sol, et dans le jardin bétonné il y avait une pergola où je fis ma première boum.
Les souvenirs se pressent à ma bouche, l’Angola est une grosse cartouche, c’est là que j’ai grandi d’un coup.
15.12.03
Pousse-moussu
12.12.03
Carne
Etendue en habit de peau
En odeurs de toi
Brute d’idées secrètes
Vaquant dans tes songes enlacés
Quand je te touche
Des empreintes transparentes
Dans mes mains, imprimées
Je t’absorbe en entier
Nous sommes des sexes engouffrés
Dans un vide titan
Qui fait peur et, béant
Nous aspire en siphons
Nous chamboule en plans
En angles
En enboîtements vivants
En encastrés de chair
En murmures écharpés
En convexes attouchés
En ondes verticales
Horizontales unions
Sources lactées
Qui finissent marécages
Et les mots tant dits
Dans des bouches un peu sales
Nous arrachent une rage
Magré nous dans le cri
En odeurs de toi
Brute d’idées secrètes
Vaquant dans tes songes enlacés
Quand je te touche
Des empreintes transparentes
Dans mes mains, imprimées
Je t’absorbe en entier
Nous sommes des sexes engouffrés
Dans un vide titan
Qui fait peur et, béant
Nous aspire en siphons
Nous chamboule en plans
En angles
En enboîtements vivants
En encastrés de chair
En murmures écharpés
En convexes attouchés
En ondes verticales
Horizontales unions
Sources lactées
Qui finissent marécages
Et les mots tant dits
Dans des bouches un peu sales
Nous arrachent une rage
Magré nous dans le cri
6.12.03
Modelage
Jardin des Plantes
Tous les matins je passe par le Jardin des Plantes.
La main de mon fils serrée dans la mienne. Nous allons à l’école.
Ca sent la terre mouillée, la mousse, le champignon, le cèdre et l’odeur de pisse de chat des buis. Quand je ferme les yeux je suis en pleine forêt. Une légère brume flotte mollement sur les parterres nus, l’heure est rose, les grandes serres mijotent dans la vapeur d’eau, l’âne gris de la Ménagerie pousse une gueulante et les sinistres corneilles se disputent les restes du MacDo Austerlitz. Les gardiens du Jardin entament l’arpentage, les jardiniers se remettent à l’ouvrage, les pompiers du 5ème font leur entraînement, en troupe serrée. Des gens seuls s’asseyent déjà sur les bancs. Parce qu’ils n’ont pas où aller ou juste pour profiter du lever du jour avant d’aller vaquer aux fardeaux de la vie et du temps que l’on vend.
La rue m’a rattrapée.
La main de mon fils serrée dans la mienne. Nous allons à l’école.
Ca sent la terre mouillée, la mousse, le champignon, le cèdre et l’odeur de pisse de chat des buis. Quand je ferme les yeux je suis en pleine forêt. Une légère brume flotte mollement sur les parterres nus, l’heure est rose, les grandes serres mijotent dans la vapeur d’eau, l’âne gris de la Ménagerie pousse une gueulante et les sinistres corneilles se disputent les restes du MacDo Austerlitz. Les gardiens du Jardin entament l’arpentage, les jardiniers se remettent à l’ouvrage, les pompiers du 5ème font leur entraînement, en troupe serrée. Des gens seuls s’asseyent déjà sur les bancs. Parce qu’ils n’ont pas où aller ou juste pour profiter du lever du jour avant d’aller vaquer aux fardeaux de la vie et du temps que l’on vend.
La rue m’a rattrapée.

